Un sourire…

Travaux

Beauraing, ma commune de cœur, est en travaux. J’avoue, j’ai râlé, parce qu’en plus de devoir courir dans tous les sens le matin, il fallait, aussi, réussir à quitter la maison plus tôt…

Tout à y gagner

Petit miracle du quotidien, mes mirettes vous remercient… Les déviations nous expédient par les chemins de campagne, ceux qu’on ne prend plus, réservés habituellement à la circulation locale, ceux qui longent les champs, les haies, les habitations isolées… Et franchement ? J’ai rapidement cessé de me plaindre. Rouler au ralenti, sous le soleil doré du printemps, le paysage vallonné illuminé d’avril, les vaches tranquilles… Il fallait bien sûr accepter de ne plus ruminer (rapport aux vaches 😉 ) pour le temps perdu, lever le pied, lever la tête, ouvrir son champ de vision… et s’ouvrir à la découverte de ce paysage exceptionnel.

Meeeeuuuuh non, pas de téléphone au volant. Les droits de cette photographie vont à ma fille de 7 ans 🙂

Le sourire du vieux monsieur

C’est dans ce silence tranquille, quelque part dans un village que je traversais sans le connaître, qu’il était là.

Un vieux monsieur, devant sa voiture, qui, en me voyant passer au ralenti, a levé les yeux vers moi et, captant mon regard à travers les vitres, me fit un petit sourire. Une bonhomie naturelle, une jolie prestance, de la discrétion… Je n’ai pas pu m’empêcher d’offrir à ce vieil homme un grand sourire en retour. Alors, dans la mécanique de ces échanges spontanés, il a levé la main pour me saluer, et son sourire était… encore plus grand.

Ça a duré l’espace de 5 secondes.

Mais j’ai bêtement gardé sur mon visage, tout le reste du trajet, la jolie courbe de cet heureux échange.

Ce que ça fait, à l’intérieur

On pourrait croire que c’est anodin. Un vieux monsieur, une route de déviation, un échange poli entre inconnus. Et pourtant…

Quand vous souriez vraiment (et non forcé par les circonstances comme quand votre mère vous chuchotait d’aller saluer cette ancienne institutrice qui vous a terrorisé(e) ), de ce sourire qui vient du cœur, alors votre cerveau libère un cocktail remarquable : de la dopamine, de la sérotonine, des endorphines, c’est-à-dire les mêmes molécules que lors d’un effort physique ou d’un fou rire. C’est gratuit, c’est sans ordonnance.

Le geste précède l’état

Thich Nhat Hanh, moine et maître spirituel vietnamien, l’a formulé avec une justesse : « Parfois, votre joie est la source de votre sourire, mais parfois, votre sourire peut être la source de votre joie. » Faites le geste, et votre cerveau suit ! Nous possédons, sans en être conscients, la clé de l’ajustement de notre propre humeur. Souriez… et vous voilà en quelques secondes plus léger(e) qu’avant.

Court-circuiter les moments de doute

On a tous des petits coups de mou, des passes où on se sent juste invisible ou inutile…

Et là, un inconnu vous regarde, vous voit vraiment l’espace de quelques secondes et vous le fait savoir, puisqu’il vous sourit. Ce sourire est sans jugement, il ne demande rien en échange mais vous offre la preuve que vous existez.

On possède donc tous un super pouvoir, qui pourrait, peut-être, si vous l’utilisez, changer le destin d’une personne inconnue… Ne réduisons pas le sourire à l’état de simple réflexe social. C’est un acte… minuscule et immense à la fois !

Ce qu’en dit la médecine traditionnelle chinoise

En MTC, les émotions ne sont pas séparées du corps : la joie est l’émotion du Cœur, son rayonnement vers l’extérieur. Un sourire nourrit le cœur, ouvre la joie et, l’engrenage une fois lancé, c’est le foie, berceau de la colère et du stress accumulé, qui se détend…

Méditation

Le maître spirituel taoïste Mantak Chia propose la méthode suivante : Détendez-vous. Dirigez consciemment votre sourire vers vos propres organes, comme si, devant vous, se tenait quelqu’un que vous aimez. Souriez à cette nuque douloureuse, à cet estomac récalcitrant…

Sceptique ? Cette attention douce portée vers l’intérieur ne peut de toute façon avoir que des vertus, alors essayez, et jugez par vous-même.

Sourire sur commande ?

Le neurologue français Guillaume Duchenne, au XIXe siècle, a décrit dans ses travaux sur la physionomie et l’expression des émotions, la différence entre le sourire authentique et le sourire de façade. Le vrai sourire engage deux muscles : le zygomatique majeur qui tire les lèvres, et l’orbiculaire des paupières qui fait plisser les yeux. Ce deuxième muscle est involontaire. On ne peut pas vraiment le contrôler. C’est pour ça que les yeux qui sourient, ça ne se commande pas. Ça vient, ou ça ne vient pas.

Ces travaux sont rejoints par la médecine chinoise qui prône que le véritable sourire part des yeux, et non pas uniquement de la bouche.

Le sourire de mon vieux monsieur avait des yeux qui souriaient, je vous le garantis !

Néanmoins, ne boudez pas l’exercice… S’entraîner à sourire reste une réelle valeur pour notre propre humeur, le geste finissant par appeler la joie.

On se conditionne

Vous n’êtes pas très souriante de nature, vous êtes souvent dans votre bulle, dans vos pensées… Conditionnez-vous ! Montez dans la voiture, allez chercher les enfants à l’école, rentrez dans un supermarché et affirmez-le : « j’aime saluer les gens, les voir et leur sourire ». Votre corps va de lui-même changer de posture, et votre humeur va suivre naturellement.

En plus… il paraît que sourire… ça éloigne les rides 😉

Le plus beau des virus

Et oui, le sourire est contagieux. Nos neurones s’emballent face à un visage souriant, la résonance est immédiate.

En m’offrant son sourire, ce vieux monsieur ne m’a sans doute pas juste rendu service à moi mais a probablement souri, sans le savoir, à mes enfants que j’étais sur le point de récupérer à l’école quelques minutes plus tard… Quelle magnifique onde de propagation !

Réflexion toute perso

Sincèrement, nous sous-estimons le pouvoir de l’amabilité gratuite. Un sourire, un signe de la main, un « bonjour », un « merci », ça ne coûte rien, ça ne prend pas de place et pourtant… Ça traverse un pare-brise, ça accompagne pendant des kilomètres et… ça finit en article !

Alors… si vous traversez un de ces jours les petits villages de Beauraing (ou d’ailleurs), au détour d’une route campagnarde, ralentissez (et élargissez votre champ de vision). Les déviations sont certes agaçantes mais il y a peut-être un vieux monsieur quelque part qui, plein de bonhomie, attend, près de sa voiture, de croiser votre regard pour vous offrir le meilleur médicament qui puisse exister 😉

Et puis vous savez quoi ? N’attendez pas ! Offrez-le en premier, ce sourire.


Prenez soin de vous. Bonne lecture, et bon cheminement vers votre juste… VOUS ! ❤️
Pascaline